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Interview

Morgane Duval

L’éducation au-delà du modèle dominant
17.01.18

Âge: 26 ans
Métier: entrepreneuse
Mission : accompagne des collégiens en sortie pour l’association Double horizon
Leitmotiv : Ne demande pas ton chemin à quelqu’un, tu risquerais de ne plus te perdre.
Vous avez rejoint Double-Horizon il y a un an. Quel est votre rôle?
Je fais partie du programme « Trajectoires ». En tant que bénévole, j’organise des sorties culturelles, sportives ou en milieu professionnel pour des collégiens du XXème arrondissement, vers Porte de Montreuil. Dans l’association, on est une dizaine avec des profils variés. L’idée, c’est d’initier les collégiens à des métiers, éveiller des passions, passer du temps avec eux dans un esprit ludique. Récemment, j’ai emmené une quinzaine d’enfants au théâtre, ou encore au Cent Quatre pour les initier au hip-hop : ils ont adoré. Je les ai aussi emmenés dans un cabinet d’architecture, pour que des professionnels leur expliquent leur métier. Il faut taper large parce qu’il n’y a pas que dans le monde de l’entreprise traditionnelle qu’on trouve des vocations pour le futur.

Qu’est ce que ça vous apporte de travailler avec ces enfants?
Ces enfants n’ont pas les moyens de partir en vacances ou d’aller dans des centres. Lorsqu’ils sortent de l’école, souvent, ils restent chez eux à regarder la télé, ou en bas dans les rues. Ils sont très demandeurs de sorties. Entre la 6e et le 3e, on s’affirme, on développe sa personnalité. Je découvre plein de choses avec eux. Pour moi, beaucoup de problèmes viennent de l’éducation, et le meilleur moyen d’avoir un impact positif sur le monde, c’est d’être avec la jeunesse, leur montrer de belles choses.
 
Qu’est-ce qui vous a attirée dans le monde associatif?
J’ai un parcours scolaire très classique : j’ai fait une prépa puis j’ai intégré HEC Paris en 2011. Ensuite, je suis partie en VIE à New York, dans une banque. Je ne me reconnaissais pas du tout dans cet univers, le fait d’être dans les tableaux excels toute la journée… c’est un milieu dans lequel on ne peut pas être créatif. Je me sentais comme un automate devant mon ordinateur.
Alors, j’ai essayé le bénévolat: je donnais des cours de maths à des enfants entre 10 et 12 ans, à Harlem, en espagnol, tous les samedis matins. Après, j’ai participé à un programme d’art, via une amie photographe, qui a monté une association pour faire découvrir aux enfants le monde de l’art. Un programme de 2 mois pour 6 enfants, une à deux fois par semaine, autour de thématiques. On allait faire des sorties dans des musées, voir des spectacles en plein air. 

Votre implication associative, ça a provoqué une sorte de déclic en vous ?
Ca a plutôt été une prise de conscience progressive. Ca a commencé notamment lorsque je suis partie en échange scolaire en Chine, à Hong Kong, puis en stage à Pékin : j’ai eu un vrai choc culturel face à ce mode de vie très différent. J’ai pris conscience qu’il y avait mille façons de vivre et d’être.
J’ai fait la rencontre de deux français qui avaient monté une start-up là-bas. Ils sont partis avec un sac à dos, ont appris le chinois et se sont installés… Ils m’ont montré qu’une autre vie était possible. Après New York, je suis rentrée à Paris et j’ai voulu continuer le bénévolat. En parallèle, je monte une boite avec une amie dans le conseil et la formation pour managers, pour les amener vers un management plus humain et plus responsable à l’aide des neurosciences.

Comment pourrait-on améliorer le système d’éducation?
Dans la manière d’enseigner. En France, on nous fait étudier tout de façon extensive : on bachote et on ne retient rien. Il faut suivre davantage nos goûts, nos affinités. Les matières dans lesquelles j’ai vraiment retenu quelque chose, c’étaient celles pour lesquelles j’avais un vrai intérêt. L’éducation produit des clones. Il faut donner du temps aux élèves pour se découvrir plus. On a besoin de gens plus agiles, plus conscients des enjeux environnementaux et sociaux.

Y’a-t-il une oeuvre qui vous inspire?
Récemment, j’ai vu « Human », un documentaire de Yann Artus Bertrand, en trois volumes. Il est parti interviewer des gens dans le monde entier : quand on perd de vue ce qui nous rend heureux, ce film nous recentre. On en vient aux fondamentaux de l’humanité. Ce dont on a besoin, c’est de l’amour, de la nourriture, un toit… ça remet en avant les relations entre les personnes, ce qui est gratuit. 

Demain, ça représente quoi, pour vous?
Faire advenir un futur qu’on veut façonner, un peu comme des artistes. C’est nous qui sommes aux commandes: il n’y a pas de fatalité !

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