PORTRAIT

PORTRAIT

Interview

Ondine Saglio

Le choix d'agir avec l'ASAO
28.03.2018

Pleine de fraîcheur et d'énergie, Ondine travaille au côté de sa mère, la fondatrice de la Compagnie du Sénégal et de l'Afrique de l'Ouest (CSAO). Son histoire puise ses racines dans son amour pour l'île de Gorée où elle a grandi et son engagement pour des projets porteurs de sens...
Profession: Directrice artistique 
Mission : Développer de nouveaux produits et mettre en lumière le grand savoir faire des artisans d’Afrique de L’Ouest. 
Leitmotiv: "Il faut croire en ses rêves !"
Une idée qui l'inspire : La liberté et l’émancipation des femmes
Ta mère, Valérie Schlumberger, a fondé la CSAO et l’ASAO il y a 20 ans, pourquoi ce projet ?
La CSAO a toujours voulu mettre en lumière le savoir-faire des artistes et des artisans d’Afrique de l’Ouest. En tant qu'acteur du Commerce Equitable, la CSAO assure aux artisans avec lesquels elle travaille, des revenus réguliers et justes.Une partie des bénéfices des produits vendus est ensuite reversée à l’association ASAO que gère Valérie.
L’ASAO promeut l’accès à l’alphabétisation et à la culture en favorisant la mise en place de mini-centres d’éducation scolaire et civique. Ses projets majeurs sont l’Empire des Enfants à Dakar, qui a vu le jour en 2002 ; puis Keur Khadija à Gorée en 2015 qui accueille les enfants de 2 ans à 14 ans en leur offrant un soutien scolaire après l’école.

Comment est venue l’idée de créér des ateliers de broderie au sein de la CSAO ?
C’était il y a trois ans. Nous avions fait 2 constats : Premièrement, la broderie est une tradition ancestrale dans l’Afrique de l’Ouest et notamment au Sénégal. Auparavant, on enseignait aux jeunes filles ce savoir-faire pour leur futur foyer. Des mots comme Mon chéri, ma chérie étaient brodés avec tendresse sur les oreillers pour décorer les maisons des jeunes mariés. Mais comme partout, les traditions se perdaient…
Deuxièmement, il y avait beaucoup de femmes dans la précarité et sans travail. Nous avions rencontré deux de ces femmes qui étaient au chômage et de grandes brodeuses. Elles possédaient un beau savoir-faire mais ne pouvaient pas en vivre.
En créant les ateliers de broderie, la CSAO a redonné vie à cette noble tradition tout en donnant aux femmes du travail et de l’autonomie. On a commencé par confectionner des coussins brodés. Cela a super bien marché !
Quel est ton rôle au sein de la CSAO ?
Je m’occupe de toute la partie production : donner du travail aux brodeuses des ateliers, créer des collaborations et développer de nouveaux partenariats, comme Sézane.
On a beaucoup de chance car de nombreuses marques viennent vers nous aujourd’hui. Elles connaissent le mode de fonctionnement de nos ateliers et nos valeurs : les femmes sont correctement rémunérées et travaillent dans de bonnes conditions.

Pourquoi avez-vous décidé de vous engager à votre tour au côté de votre mère ? 
J’ai voulu suivre l’exemple de ma mère qui a décidé de consacrer une grande partie de sa vie à être au service des plus démunis et à faire connaître les talents et savoir-faire d’Afrique au-delà des frontières…Et puis je voulais un métier à la fois créatif et porteur de sens ! En rejoignant la CSAO, mon ambition était de pérenniser la structure et d’accompagner ces femmes sur le long terme.

Quelles sont les grandes valeurs de la CSAO et de l’ASAO ?
La solidarité, la liberté et l’émancipation des femmes. Ce n’est pas toujours une chose évidente au Sénégal car la tradition de la femme au foyer est encore très présente.
Une autre grande valeur est celle d’être tourné vers les autres, de donner et non simplement prendre, afin de créer un cercle vertueux.
 
Aujourd’hui avez-vous élargi votre champ d’action ?
Notre but aujourd’hui est d’élargir notre action auprès des enfants partout au Sénégal, que notre structure actuelle basée à Gorée serve de pilote et qu’on puisse ainsi accueillir de nombreux jeunes, après l’école et le week-end.

Comment se déroule une journée type au sein des ateliers ? 
Il n’y a pas de journée type. Notre mot d’ordre est la liberté. Les femmes sont complètement libres de leur emploi du temps, comme les enfants que l’on reçoit - Enfin ces derniers doivent quand même faire leurs devoirs ! (rires). Elles peuvent travailler à l’atelier pour se retrouver entre elles ou de chez elles et ainsi s’occuper de leurs enfants. Elles sont payées au coussin pour assurer l’équité et reçoivent leur salaire chaque semaine. C’est un travail qui leur procure un revenu régulier.

Comment ces femmes sont-elles formées concrètement ?
Une formation est pilotée par les anciennes qui sont des couturières et des brodeuses confirmées. La formation dure 3 mois pour acquérir le savoir-faire. Au sein des ateliers, l’ambiance est très chaleureuse. Elles se retrouvent toutes ensembles et partagent leurs déjeuners, se retrouvent. Elles sont très fières de leur travail, cela les rend indépendantes financièrement et libres. Elles gagnent souvent plus que leur mari !
De toutes ces expériences, que retiens-tu d’essentiel ?
Tisser des liens durables et maintenir une complicité avec chaque collaborateur. On travaille avec les mêmes personnes depuis 20 ans : on passe du père au fils, de la mère à la fille…On devient finalement une grande famille. C’est très important pour moi, j’adore cette idée d’appartenance et de communauté.
 
As-tu une anecdote à partager sur une de tes plus belles rencontres ?
Il y en a plusieurs mais celle qui m’a le plus marquée, c’est le jour où j’ai revu un garçon qu’on avait accueilli au sein de l’Empire des Enfants lorsqu’il avait huit ans. Enfant, il mendiait, vivait dans la rue et se droguait... Il est resté plusieurs années au sein de l’association pour se réinsérer socialement et scolairement. Je l’ai revu plusieurs années après, lors d’une exposition : il est devenu un brillant photographie et réalisateur à Dakar ! Je me suis dit que c’était une belle revanche !

Tu nous racontes qu'une fois en France, tu n'avais qu'une hâte : revenir à Gorée ! Pourquoi cette île est si attachante ?
Gorée est très spéciale, à mes yeux. C’est comme un lien maternel. Je suis née à Dakar et j’ai vécu à Gorée dans une grande liberté, à l’image des années hippies. En partant il y a quelques années, cela m’a beaucoup manqué. Cette île est toute petite et à part, hors du temps… Pourtant on est à peine à 15 minutes de Dakar ! J’ai beau travailler à un rythme soutenu, quand je suis là-bas, toute cette pression retombe ! Un vrai bonheur qui n’a pas d’équivalence ailleurs...
Demain, qu’est-ce que cela représente pour toi ?
Se développer en France et continuer notre progression à l'international, créér plus d'ateliers au Sénégal et fonder plus de centres d'accueil pour les jeunes.
On travaille notamment sur la création d’un nouvel espace pour les femmes sortant de prison et les femmes en grande difficulté avec cette même ambition de leur donner du travail. Certaines femmes vont en prison pour des raisons absurdes (avortement après un viol). Demain, j’aimerais que la femme africaine ait plus de pouvoir, de liberté, de droit !
Chaque produit acheté à la CSAO participe à cela directement ! En faisant des dons également, tout compte !

Vous dites qu’il faut croire en ses rêves…et toi, petite, quelle était le tien ?
Quand j’étais petite je rêvais de créer : dessiner des robes, des fleurs…finalement ce n’est pas des robes mais des coussins et des sacs. Je voulais aussi créer en donnant, créér quelque chose de beau tout en aidant, en partageant ! La vie m'a appris que tout était possible…Même s’il y a des embûches ! 
 
Merci Ondine !

Soutenez l'ASAO

L'intégralité des bénéfices de nos pièces wax sera reversée à l'association.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visite. Pour en savoir plus et paramétrer les cookies, cliquez ici.