PORTRAIT

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Interview

Sofiane Ouahrani

Coach de foot, coach de vie
17.01.18

Sofiane Ouahrani est très attaché au quartier dans lequel il a grandi : le 18e arrondissement de Paris. Il a fondé Académie Paris Foot 18e, une structure qui encadre les jeunes fans de foot à la sortie de l’école. Entre les entrainements, l’association veille au bon équilibre des jeunes, entre sport, soutien scolaire et culture.

Profession : conducteur de train et président, fondateur et bénévole de l’association Académie Paris Foot 18ème
Mission : bien plus qu’un entraineur de foot pour les jeunes : organiser des sorties culturelles, et leur donner du soutien scolaire.
Leitmotiv: l’égalité des chances pour tous les enfants.
Le jour, vous conduisez des trains pour la SNCF, et le soir, vous dirigez une association qui aide les jeunes du 18ème arrondissement de Paris. Qu’est-ce qui vous a attiré dans le monde associatif?
J’ai grandi dans ce quartier! Quand j’étais petit, je faisais beaucoup de foot et j’ai eu la chance d’avoir été guidé par des éducateurs qui m’ont aidé à trouver ma voie. Une fois adulte, j’ai voulu redonner au quartier ce qui m’a été donné. Je me suis moi-même engagé dans plusieurs associations. Aujourd’hui, je n’habite plus dans le 18e, car j’ai du me rapprocher de mon travail… Mais j’y passe toujours plus de temps que chez moi !

Académie Paris Foot, c’est loin d’être que du foot :  c’est aussi des sorties culturelles, et surtout, du soutien scolaire. Quel est l’intérêt d’une telle formule?
J’ai travaillé dans plusieurs structures sportives et associatives avec des jeunes du quartier, et j’ai vite remarqué que le foot prenait souvent une place prioritaire dans leur vie. Leur objectif, c’est de devenir joueur professionnel. Mais très peu réussissent : un sur un million. Alors, arrivés à 17-18 ans, ils sont souvent désoeuvrés, ils traînent en bas des immeubles, certains se mettent à dealer.
En tant qu’entraîneur, j’ai eu un sentiment d’échec. J’ai quitté l’association dans laquelle j’étais pour monter un projet qui fasse le lien entre l’école, le foot, et la famille; pour que le foot soit un loisir, mais pas une finalité. S’ils réussissent dans le sport tant mieux, sinon, ils peuvent faire d’autres choses. Avec d’autres éducateurs, on a commencé avec un petit groupe de dix jeunes, en mars 2015. J’avais 27 ans. On a réservé un petit terrain, pour l’entraînement sportif, et à coté, on organisait des sorties culturelles, au Louvre, par exemple. On a vu qu’il y avait un vrai engouement autour de cette formule: les parents se sont rendus compte que ça se passait mieux à l’école pour leurs enfants, qu’ils étaient plus calmes et plus attentifs à l’école. Aujourd’hui, on a plus de 500 jeunes adhérents de 6 à 19 ans, encadrés par 32 bénévoles.

Comment arbitrer entre la partie loisirs et la partie scolaire?
Régulièrement, on récupère les bulletins scolaires, on fait un point avec les parents si nécessaire. Si un enfant a des difficultés, on lui met plus de soutien scolaire, et moins de foot. Le foot, c’est la carotte qui les pousse à faire les autres activités, qui sont très importantes. Parfois, ils se découvrent des passions. J’ai emmené un groupe d’ados de 16 ans à l’Opéra Bastille. Pour eux, a priori, c’est « un truc de bobo », de riches. Mais c’était la condition pour qu’ils puissent jouer à un tournoi de foot le lendemain. Et en sortant du spectacle, ils étaient agréablement surpris : certains m’ont dit « quand est-ce qu’on y retourne? » Là, je me suis dit, on a dû réussir quelque chose. Pareil pour le musée: on a visité le Louvre Lens avant d’aller voir un match de l’Euro, l’année dernière. Ils se sont tellement pris au jeu, qu’on a failli arriver en retard au match.
 
Quel challenge vous a le plus marqué, depuis le début de l’association?
Très vite, on s’est aperçus que les filles voulaient jouer au foot aussi… mais leurs frères et leurs mères ne voulaient pas qu’elles participent. On a fait plusieurs réunions avec les parents pour leur montrer l’importance du sport pour les filles. Notre argument, c’était qu’on les suivait au niveau scolaire aussi. On est arrivés à un accord: une maman venait à l’entrainement et restait devant les vestiaires des filles quand elles se changeaient. En mars 2016, on avait 45 jeunes filles et 150 garçons. Aujourd’hui on a une structure féminine engagée en championnat, elles jouent tous les samedis. Leurs famille ont confiance : la dynamique est lancée.
Pourquoi le foot est si important pour ces jeunes?
Ils croient très fort en leur rêve de devenir professionnels. Ils nous disent « il faut que je devienne pro pour que j’aide ma mère » ou encore « je veux aider mon père parce qu’il ne rentre jamais à la maison, il a deux emplois ». Ils ont des modèles : quand ils voient des gens comme Messi, à la télévision, l’argent qu’ils gagnent, la gloire… S’il y en a qui l’ont fait, alors ils se disent: pourquoi pas nous? On a entrainé quelques joueurs pro, comme Harisson Manzala, ou Max-Alain Gradel… On emmène nos jeunes dans les centres professionnels de formation, mais on leur fait comprendre qu’il y a des devoirs : avoir un bon bulletin scolaire. On participe aussi à des tournois locaux et à l’étranger, pendant les vacances : en Allemagne, à Dortmund, avec des clubs professionnels. C’est important pour eux de se comparer à d’autres équipes, ça les valorise. Ca leur permet aussi de voir d’autres choses, d’autres cultures, ça les incite à apprendre l’anglais !
 
Demain, pour vous, qu’est-ce que ça représente?
C’est l’espoir. Mon idéal, c’est que tous les enfants aient les mêmes chances de réussite. C’est pour cela que mon rôle, c’est aussi de faire du social. Dimanche dernier, un jeune est arrivé, il ne voulait pas jouer. Il m’a avoué qu’il n’avait pas mangé: sa maman n’avait pas fait les courses, mais il était quand même venu. J’ai passé plus de temps à échanger avec lui qu’à préparer le match.

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