PORTRAIT

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Interview

Thomas Bouvard

L'humaniste du XIXe Arrondissement
17.01.18

Voilà cinq ans que ce trentenaire dynamique organise des ateliers pour questionner les droits de l’homme avec les enfants. Un humaniste qui, très attaché à son terrain local,  «plante des petites graines» dans l’esprit de ceux qui construiront le futur.

Âge : 30 ans
Mission: directeur de l’association Korhom, à Paris
Leitmotiv : questionner les outils qui permettent de vivre ensemble
Source d’inspiration : les héros quotidiens, comme Rosa Parks. « Elle n’avait pas vocation a devenir célèbre, mais se dresser contre l’injustice, c’était plus fort qu’elle ».
Comment ton chemin a-t-il croisé celui de La Voix de l’Enfant et de Korhom ?
Je suis arrivé chez Korhom, association membre de la Voix de l’Enfant, en 2012, deux ans après sa création. Au début, j’ai été volontaire de service civique pendant quelques mois, puis j’ai été embauché en tant qu’animateur/responsable projet. Depuis septembre 2016, j’ai récupéré la direction de l’association.
Korhom, ça veut dire « coeur d’homme » en esperanto, langue internationale. Notre mission, au début, était de faire de l’éducation aux droits humains pour tout public. C’est un peu le hasard qui nous a amené dans le 19ème arrondissement, qui a la particularité d’être un quartier très jeune et multiculturel. On a commencé par démarcher les structures les plus proches : les écoles, les collèges, les centres sociaux, d’autres associations… 

« Notre mission : faire de l’éducation aux droits humains »

Qu’est-ce qui t’a attiré dans le monde associatif ?
Après un master en droit mention droits de l’homme, j’ai fait un stage au ministère des affaires étrangères : c’est ce à quoi mon parcours universitaire me destinait. Mais très vite, je me suis rendu compte que, concrètement, si je voulais aider des gens, je devais le faire au niveau local. En fait, je me suis senti beaucoup plus utile avec des enfants en centre de loisirs, lorsque j’étais animateur pour payer mes études, qu’au ministère. Alors, j’ai quitté le monde institutionnel pour me tourner vers des associations.
Au début, j’avais envie de rejoindre une grande ONG, mais c’était difficile d’y rentrer directement, d’où l’idée du service civique à Korhom. Ca ne devait être qu’une étape, mais finalement, j’y suis resté ! Cette association cochait toutes les cases que je voulais : la dimension philosophique, le contact avec les gens… 

Comment se déroule un atelier type ?
On part toujours d’une activité ludique : un jeu, une chanson, … le prétexte, c’est de vivre quelque chose, parce qu’on privilégie l’apprentissage par l’expérience. On tient à fabriquer nous-mêmes nos jeux, nos cartes: on cultive le fait-main. Ensuite, on prend le temps de discuter de l'activité avec les enfants, avant que le débat ne s’achemine vers une problématique plus générale. Et enfin, on ramène ce thème au quotidien. Par exemple, sur le thème des inégalités femmes/hommes, avec les plus jeunes: on leur donne une liste d’adjectifs et on leur demande s’ils les attribuent plutôt aux femmes, ou aux hommes, ou à tout le monde. Ensuite, on réfléchit sur ce qui a pu motiver leurs réponses, sur ce qui peut être à l’origine de stéréotypes. Puis on leur demande comment cette relation filles/garçons se traduit dans leur quotidien, à l’école, à la maison… Le jeu n’est qu’un outil pour lancer le débat.
 
« C’est en transmettant des valeurs à la jeunesse qu’on construit le futur »

L’important, c’est de susciter un questionnement, de planter une graine. Aussi, la communication bienveillante est un outil important pour animer ces débats: on fait même des formations aux professionnels de l’enfance sur cette question-là. On fait très attention à la façon dont on recueille les émotions de l’enfant. L’idée est d’être dans la résolution de conflits, jamais dans la compétition ou dans la punition.
Tous les ateliers que l’on propose aux structures ou par nous-mêmes sont gratuits pour les enfants. On organise aussi des séjours plus longs, qui ont un prix symbolique. En moyenne, on a une dizaine d’ateliers réguliers chaque semaine, avec une quinzaine d’enfants, et deux à trois ateliers en plus, ponctuels.
Comment nourris-tu tes réflexions à propos de ces questions philosophiques?
Ce n’est pas forcément par de la documentation que la réflexion passe. Je crois beaucoup à l’humain, au besoin de reconnaissance de l’individu dans ses droits. Korhom, c’est questionner les outils qui permettent de vivre ensemble dans des espaces communs : la planète, le quartier, le bureau… C’est important de théoriser des valeurs, mais il faut aussi garder l’aspect pratique de ces notions. C’est au quotidien qu’on les transmet. Le respect, la tolérance… Ces valeurs-là sont avant tout concrètes pour tout le monde.
 
Quel a été le moment le plus marquant de ton expérience chez Korhom?
Sans aucun doute : la Fraternity Cup. C’est un évènement organisé par la Voix de l’Enfant en partenariat avec Korhom et Terre d’Exil : toute une semaine d’activités pour 80 jeunes venus monde entier, autour du football. Certains enfants, qui n’avaient jamais quitté leur village, ont pu venir à Paris ! Avec Korhom, on a mis en place des ateliers dans plusieurs langues étrangères. Je me rappelle d’une discussions sur la définition de la violence : les Français ont parlé de coup de pieds, les Brésiliens ont évoqué des groupes de personnes victimes de violences, et la délégation du Burkina Faso a parlé d’excision, de travail des enfants… Tous les soirs, il y avait des veilles culturelles : les jeunes organisaient des danses, des chants, ils parlaient de la réalité de leurs vies… C’était extraordinaire ! Aujourd’hui, je croise encore des jeunes qui s’en souviennent.
 
Demain, qu’est-ce que ça représente pour toi ?
C’est marrant, tout de suite, j’ai spontanément entendu « Demain » comme « Deux mains »! Demain, pour moi, c’est la jeunesse: un éternel recommencement, avec la promesse d’être dans le mieux. Chacun a le droit d’être ce qu’il est, et d’en être fier.

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