PORTRAIT

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Félix Millory
Architecte Star

19.04.17

Architecte, Felix s’est fait connaître grâce à un joli projet : refaire l’appartement d’une certaine Vanessa Paradis ! Forcené de travail et véritable passionné, on l’a rencontré dans un loft du Xème arrondissement, sur lequel il a travaillé.

Tu étais passionné par la mode, puis tu as commencé des études d’ingénieur, aujourd’hui tu es architecte. Comment ça s’est fait ?

Rien n’était calculé, c’est un peu une histoire de princesse moderne ! Je voulais faire de la mode parce que j’adorais dessiner des vêtements, imaginer des coupes et structures. Ma famille vient de ce secteur, mais ils ont très vite anticipé la crise – le milieu saturé, alors je suis parti vers des études d’ingénieur. Je me suis retrouvé en maths sup et ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais, c’était de l’abattage ! En discutant avec une amie en archi, j’ai découvert son parcours et ça m’a passionné. Je suis entré en école et ça a été la révélation, j’avais l’impression de faire ce que je faisais le dimanche, ma passion !
 
A quel moment as-tu eu le courage de te lancer en solo ?

Ca a été le projet Vanessa Paradis. J’étais en agence et j’ai décroché le projet en indépendant, avant-même que je ne monte ma structure, en 2011. Et là je me suis dis, « je me lance maintenant, ou je ne le ferai jamais ! ». J’étais en CDI, mes parents me disaient que j’étais fou mais j’avais des envies d’ailleurs, envie de mener ma barque. J’ai remonté mes manches et j’ai travaillé, je pense que c’est ce qui fait la différence aujourd’hui. Je ne compte pas mes heures, et je n’ai pas de scrupules à toute refaire quand ça ne va pas !
 
Et justement, le projet Vanessa Paradis, comment c’était ?

C’était un très beau projet. Elle avait un ancien appartement qu’elle avait acheté au début de sa carrière. Tout était abimé, il n’y avait rien d’exploitable alors on a commencé à tout refaire. Elle a un très bel amour des choses, elle a plein d’objets vintages, style Arts Déco ! Au moment de lancer le chantier, elle a racheté l’appartement d’à côté, donc on a tout recommencé. Ça a duré 1 an et demi pour un 420 mètre carré. Quand on s’est lancé dans les travaux, certaines choses ne lui plaisaient plus – c’est là qu’on se rend compte qu’il faut communiquer, c’est essentiel dans ce métier.  Ça a été un projet tellement formateur ! La pire expérience en terme de stress, mais la meilleure en formation.
Forcément, pas de journée type dans la vie d’un architecte ?
Pas du tout ! Ce matin par exemple, j’ai pris 4 fois le métro aller/retour, j’ai enchainé les chantiers. Je fais juste attention à être plus présent à l’agence, auprès de mon équipe.
 
Vous êtes sur combien de projets à la fois ?

Une dizaine minimum, c’est un peu de la schizophrénie ! Il faut beaucoup de mémoire, retenir les gens, les humeurs, les caractères, et les goûts. On ne va pas mettre du marbre à quelqu’un qui vient de perdre un proche… C’est comme une relation sentimentale, il faut apprivoiser la personne, anticiper.
Finalement c’est un peu un travail de psy ?
Oui, et puis il y a souvent des conflits avec ceux qui pensent pouvoir gérer tout seuls, ou qui croient mieux savoir. Mais ça ne fait pas partie du jeu, on ne peut pas avoir que des clients cool et faciles, c’est comme des chantiers où tout se passe bien, c’est impossible !
 
Quelles sont les plus grosses difficultés à gérer ?

La coordination. Il faut être bon en communication, avoir une bonne mémoire, faire des comptes rendus… Et gérer les voisins, les desideratas des clients. Tout ça finalement, au service de ton dessin.
 
La pire anecdote ?
Dans un petit appart d’étudiant, 35m carré, l’électricien avait tout monté à l’envers. On s’en est rendu compte à la fin, quand on avait terminé les peintures. Il m’a appelé en pleurs, en me disant qu’il fallait tout refaire ! Maintenant je suis tellement contrôlant que tout se passe plutôt bien.
Tu travailles sur des maisons, des immeubles, appartements, commerces, mais aussi sur des bijoux, et objets. En ce moment par exemple, c’est quoi ?
Outre les appartements, beaucoup de boutiques, bureaux et restaurants. C’est un autre souci du détail. On a fini Les Justes en décembre dernier, je ne m’y connaissais pas en bar/resto mais « saute et tu apprendras à nager » ! Je suis super content du résultat. On travaille aussi sur le Petrossian, un projet avec l’Eclaireur ; et sur des bureaux de luxe – 750m carré, plafonds haussmanniens, magnifique !
 
Résume-nous ton style, en 2-3 mots ?
Assez simple, avec 2 partis pris :
– L’espace : On l’occupe, sans le diviser. Ici (cf les photos), c’est un très bon exemple. Cette sensation « appartement », sans forcément de cloisons.
– La matière : J’aime les matières brutes, la pierre, le marbre. Pour reprendre le même exemple, dans ce loft, on a utilisé un matériau de construction sur les murs, ça s’appelle du batipin – j’adore l’effet tapisserie. Finalement les gens s’identifient parce que ce n’est pas trop imposant.
  
Un projet marquant ?
Ce loft, qui représente très très bien ce qu’on fait : Simple, élégant, avec de la matière mais pas froid. Je me suis aussi occupé d’une maison à Aix en Provence, d’une boutique L’Eclaireur à Phuket et d’un appartement privé à Athènes.
 
Et ton appart, comment est-il ?
Il est en cours, il est bientôt terminé. Il ressemble à celui-ci, je voulais le même ! On est sur un jardin japonais, c’est super beau, et on a tout refait dans ce style.
Le lieu numéro 1 qui t’inspire ?
Il y a des villes comme Rome qui me donnent une énergie folle. Et la plage. A Paris, étudiant, j’adorais la rue des Barres dans le Marais. Toute piétonne, entre un jardin et le dos d’une église. Je trouve qu’elle est sublime, c’est l’image de Paris que j’adore. Et puis j’aime aussi le marché le dimanche, à Voltaire ou dans le 18ème.
                                      
Des bonnes adresses à nous conseiller ?
Mon restaurant préféré du monde entier, Buvette à Pigalle ! (ndlr : dont on parlait dans le Journal il y a peu). J’ai demandé mon mari en mariage là-bas ! Pas de réservation, leur mousse au chocolat est divine, et le hachis parmentier parfait. Et puis forcément, les Justes à Pigalle aussi.
 
Tes prochains projets ?
Le restaurant Petrossian, développer l’agence, avoir plus de monde, plus de projets. Ca c’est un vrai pas pour 2016 ! J’ai aussi commencé à dessiner des objets (des lampes) et j’aimerais bien les développer…
 
Un conseil aux jeunes qui se lancent dans l’archi ?
Bossez, beaucoup. Oubliez les 35 heures, pour moi ça n’a pas de sens dans ce métier. On peut avoir des horaires « classiques », mais il faut donner du travail pour avoir de la qualité, du temps. Donc être courageux et cultivé, je trouve que c’est ce qui manque. Avoir des références, pour pouvoir les transgresser ! Et enfin, avoir cette nécessité de créer. C’est plus que du talent, c’est une sorte d’obsession de créer des choses…

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