L'objet culturel

Alors que Sézane place cette semaine sous le signe de l’amour, zoom sur le documentaire Wonder Boy, dans lequel le créateur Olivier Rousteing part en quête de sa mère biologique.

Wonder Boy : une quête effrénée d’amour filial


L’une des scènes les plus marquantes du documentaire Wonder Boy se tient dans une voiture. Olivier Rousteing, le prodigieux directeur artistique de Balmain, se fait conduire dans Paris par son chauffeur Mohamed. Il lui raconte qu’un garçon qui lui plaît lui a dit bonjour le matin, dans les vestiaires de la salle où il fait de la boxe. Mohamed s’étonne : ne dit-il donc jamais bonjour ? « Non, si je dis bonjour, on va croire que je drague. » Cette confession encapsule la solitude abyssale dans laquelle s’est enfermé Olivier Rousteing, créateur à succès mais aussi ex-enfant abandonné. Né sous X dans les années 80, élevé par une famille adoptive aimante, il s’est construit autour d’un vide intérieur de plus en plus difficile à contenir. « C’est le moment, déclare-t-il au début du film. Plus je sais où je vais, plus j’ai besoin de savoir d’où je viens. »
 
Alors, pendant un an et demi, Anissa Bonnefont, une amie proche qui a elle-même été abandonnée à l’âge de trois ans par son père, l’a suivi dans sa quête, caméra au poing. Avec une infinie délicatesse, elle a filmé les appels de la Dass, l’attente qui rend fou, le dossier qui arrive enfin, le choc des informations qu’il contient, la frustration de toutes les pièces manquantes. Olivier Rousteing n’a rien voulu cacher de sa traversée. Ni l’angoisse contenue, ni les doutes, ni la tristesse qui le terrasse quand il découvre le très jeune âge de cette mère biologique dont il sait si peu de choses.
 

 

MISE À NU

Sa faille est d’autant plus poignante que, jusqu’à la réalisation de ce documentaire, il l’avait maintenue cachée. En interview, il ne faisait pas mystère de son adoption, mais rien de son personnage public, ami des stars et amateur de selfies perpétuellement sous contrôle, ne pouvait laisser entrevoir son mal-être et l’obsession de ses origines. Pour la première fois, on le voit enchaîner nerveusement les cigarettes, dîner seul dans son luxueux appartement, rendre visite à ses grands-parents entre un défilé et un shooting. « Quand tes parents ne te veulent pas, tu te dis : pourquoi t’es là ? », confie-t-il face à la caméra.
 
Intimiste sans aller jusqu’au voyeurisme, le documentaire a pour lui une fonction cathartique. Le film de son amie lui permet de mettre à distance ses émotions douloureuses. Il s’en sert également comme d’un avis de recherche, espérant que sa mère biologique finira par le voir et s’y reconnaître. De l’autre côté de l’écran, on vibre avec cet « adulte plein de doutes et de peurs inexplicables ». On comprend mieux où il puise sa rage de vivre. On lui souhaite le meilleur. 
 
Wonder Boy, d’Anissa Bonnefont, 90 minutes, diffusé mercredi 16 octobre à 21h sur Canal+. Le documentaire sortira ensuite en salles le 29 novembre 2019.

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