ATMOSPHÈRE

Vous aimez les lithographies accrochées aux murs du Libre Service, les sélections de livres de L’Appartement, les luminaires du pop-up de Lille ? Tous ces beaux objets ont été choisis par Marion Fabre. Elle nous explique son métier.

L’ART DE CHINER DE MARION, RESPONSABLE DE LA DÉCORATION CHEZ SÉZANE

J’ai rencontré Marion pour la première fois cet automne, lors d’une visite de chantier du Libre Service, un mois avant son ouverture. Les ouvriers finissaient à peine de peindre les murs, le sol était encore nu et il restait une multitude de questions d’aménagement à régler, mais Marion affichait un calme et une concentration imperturbables. Un mètre ruban dans une main, un catalogue d’échantillons de tissus dans l’autre, elle écoutait attentivement Morgane, prête à s’adapter à ses envies jusqu’à la dernière minute.
 
« J’essaie de comprendre l’histoire qu’elle souhaite raconter », m’explique-t-elle quelques semaines plus tard. Marion, 34 ans, est responsable de la décoration et du visual merchandising chez Sézane. Le résultat auquel elle est arrivée au Libre Service, mélange sans coutures de beaucoup de mobilier ancien et de quelques éléments neufs conçus sur mesure, m’a donné envie de savoir comment elle travaillait.
 

CONSTRUIRE UN DÉCOR COMME ON PENSE UNE PHOTO
« Après les Beaux-Arts, j’ai été cheffe décoratrice pendant dix ans sur des tournages, m’explique-t-elle assise à la grande table de cuisine – chinée – qui fait office, au siège de Sézane, de salle de réunion. J’ai appris à construire un décor comme on pense une photo. Je me demande en permanence comment chaque objet rendra à l’image. »
 
Son goût pour les intérieurs vient de loin. « Enfant, j’aimais déjà changer les meubles de ma chambre de place. Toutes les trois semaines, je sortais tout et repeignais les murs », me raconte-t-elle les yeux brillants. Elle a de qui tenir : Sa maman faisait la même chose, l’entraînant dans ses quêtes de tapisseries et d’objets chinés, son père dessine et son grand-père paternel était marchand de tissus dans le Sentier.
 
Aujourd’hui, c’est avec Morgane qu’elle partage sa passion pour la chine et la déco. Toutes deux habitent à Saint-Germain-des-Prés, au cœur du quartier des antiquaires et des éditeurs de tissus et de papiers peints. « Le côté électron libre de Morgane me guide beaucoup. Elle a toujours le nez dans les nouvelles gammes, nos échanges sont permanents, on construit l’ADN de Sézane ensemble. »

FAIRE RÊVER TOUT EN DONNANT L’IMPRESSION D’ÊTRE CHEZ SOI
Toutes les adresses de la marque partagent les mêmes codes : que l’on soit dans l’un des Appartements, au Libre Service ou dans l’un des pop-ups, le mix d’ancien et de contemporain, le laiton, les miroirs, le noyer et le velours sont présents. « Notre but est de faire rêver les personnes qui entrent chez Sézane, tout en les aidant à se sentir chez elles. »
 
À cette identité commune, Morgane et Marion ajoutent des particularités afin de rendre chaque lieu unique. « L’Appartement est douillet, chaleureux et confortable, comme s’il était véritablement habité. Libre Service est un concept store, ouvert à d’autres marques. Nous y avons donc introduit davantage de mobilier design et beaucoup de plantes pour habiller les murs écrus. Le comptoir de la maille a aussi un style plus industriel, avec des tiroirs vitrés afin de donner envie de se servir. »
 
L’aménagement du sous-sol de ce qui était auparavant une pharmacie l’a beaucoup amusée : « Ces alcôves, ces angles ronds, quel plaisir ! Je pourrais le refaire dix fois par an », s’enthousiasme-t-elle. Écoresponsabilité oblige, elle a au contraire pensé l’espace pour qu’il dure dans le temps – murs recouverts de raphia, coussins en lin, tables en marbre et bois –, avec une attention spéciale pour la Secret Room, une petite pièce pensée comme un boudoir, cachée près des cabines d’essayage. Des enregistrements sonores sur le thème de l’amour y étant diffusés, les murs ont été tendus de velours rouge pour en accentuer le côté intime et feutré.
 
« Même si l’on cherche à créer la surprise en donnant l’impression que le mobilier change souvent, en réalité on consomme peu. Il suffit de déplacer un portant pour que la collection apparaisse différemment. » Car le but reste de mettre en avant les collections. « Je me sers des codes du prêt-à-porter comme d’une table des matières. La palette Sézane comporte beaucoup d’écru, de marron clair, de marine, des couleurs raffinées que l’on retrouve dans la déco. »
« JE NE M’ARRÊTE JAMAIS DE CHINER »
Où et comment achète-t-elle ? « Je ne m’arrête jamais de chiner », me dit-elle l’œil rivé sur son téléphone portable. Sur l’écran s’affichent en temps réel les enchères pour un meuble italien. « Mais ce n’est pas un jeu : je sais quand m’arrêter. » Beaucoup de ses achats se font en ligne plutôt qu’en salle des ventes, qu’elle n’a pas le temps de fréquenter. Elle met des alertes sur des sites et ne lance une enchère que lorsque le prix lui convient.
 
Au fil des ans, elle s’est également constitué un réseau d’antiquaires prêts à l’aider sur des besoins spécifiques. « Pour Libre Service, nous avions besoin d’un meuble à chaussures. Je suis allée voir quelqu’un avec qui je travaille depuis six ans. Le lendemain, il partait me le chercher aux Pays-Bas. »
 
Au fil de ses voyages – elle a fait un tour du monde en 2017, a habité un an à Montréal, sept mois aux États-Unis – elle s’est constitué « une galerie mouvante » chez elle et un maillage de fournisseurs en fonction des savoir-faire des pays : « L’offre aux États-Unis est importante car les hôtels y sont nombreux, avec un design des années 30, 40, 50 intéressant ; l’Italie est une référence pour le mobilier 50-60 et les luminaires ; la Scandinavie pour le bois ; la France pour les miroirs et le mobilier de magasin. Au Japon, la barrière de la langue empêche les achats en ligne. Quand j’y vais, je reviens avec toutes les petites choses que je peux transporter, essentiellement des céramiques et des pièces en bois. »
 

NOËL ÉTINCELLANT
Grâce à sa formation artistique, son expertise s’étend à l’art mural : son œil saura repérer la lithographie, l’affiche, la peinture ou la sculpture qui feront la différence. Libraire durant ses études puis un temps à Montréal, c’est également elle qui choisit les livres, omniprésents chez Sézane. Évidemment, rien n’est laissé au hasard : « J’en chine certains – Morgane aime les couvertures en tissu –, mais j’ai aussi des listes sur Amazon rangées par thème graphique ou par couleur. »
 
Bientôt, chaque adresse se parera de la décoration de Noël pensée par Morgane et elle. « On tient à respecter les traditions. Il y aura du vert sapin, du rouge, du blanc, du doré. » Elle s’est aussi aidée des imprimés et des papiers cadeaux de fin d’année signés de l’artiste Maia Bunge pour développer papier peint, tissu et foulard. « Les clients doivent avoir des étoiles dans les yeux lorsqu’ils entrent », me lance-t-elle en souriant. Jusqu’à la prochaine histoire. 

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