L'APPEL DU 21

Initié par la Cité de la Musique et la Philharmonie de Paris, le programme Démos démocratise depuis dix ans la pratique instrumentale dans des zones insuffisamment dotées en institutions culturelles. Notre contributrice Géraldine Dormoy a assisté à une répétition de l’orchestre de l’est parisien, que DEMAIN accompagne durant trois ans.

Démos, un orchestre pour trouver sa place


Les enfants ouvrent les bras, se courbent, lancent une jambe en cadence. Devant eux, une cheffe d’orchestre et une danseuse les guident, mouvement après mouvement. À leur gauche, une douzaine de musiciens jouent Kalinifta, un chant traditionnel gréco-italien. Plus tard, garçons et fillettes chantent, sans autre support que la musique et la voix de la cheffe de cœur. « Ici, l’apprentissage se fait par les sens et l’oralité », explique Lucas, leur référent pédagogique, par ailleurs tromboniste. Pas de solfège, uniquement l’écoute et la dynamique du groupe. Nous sommes dans le Studio, l’une des plus belles salles de répétition la Philharmonie de Paris, et les élèves en tutti – ensemble – sont les heureux bénéficiaires du programme Démos, dispositif d’éducation musicale et orchestrale à vocation sociale.
 
FLÛTE OU CLARINETTE ?
Lors de la pause, Sally, huit ans, membre du groupe d'enfants du 93 – elle habite Rosny –, vient partager avec nous son expérience. Comme la centaine de garçons et filles présents ce jour-là, elle fait partie depuis septembre 2019 de l’orchestre de Grand Paris Grand Est, soutenu par DEMAIN. Il y a quelques semaines, elle a pu choisir de se familiariser avec la flûte ou la clarinette. Elle a opté pour la flûte. « La clarinette, je pensais que c’était fastoche, mais en fait je n’ai même pas su placer ma bouche », s’exclame-t-elle.
 
Apprécie-t-elle les cours de chant ? Elle hoche la tête : « Je n’avais pas la même voix avant, elle était plus grave. Celle-ci, je ne sais pas où elle était. » Pour nous la faire découvrir, elle se lance dans Kalinifta, qui s’avère être l’une des deux œuvres que l’orchestre travaillera cette année. Sa voix monte, étonnamment puissante et claire pour sa frêle carrure. Toutes les notes ne sont pas encore justes, mais l’émotion est là. S’entraîne-t-elle beaucoup à la maison ? « Je chante quand je m’ennuie, et je m’ennuie beaucoup », réplique-t-elle avec malice.
 
UN INSTRUMENT PRÊTÉ TROIS ANS
Le programme Démos, d’une durée de trois ans, a démarré par un stage d’un jour et demi pendant les vacances de la Toussaint. Depuis, l’orchestre se réunit deux fois par semaine en petits ateliers, ainsi qu’une fois par mois en tutti. Les élèves se sont d’abord familiarisés avec la musique à travers des cours de danse et de chant, puis ils ont pu prendre en main les instruments. L'apprentissage du solfège est progressif et concomitant à la pratique instrumentale, c'est une des différences par rapport au conservatoire.
 
Il y a quelques mois, un instrument a été attribué à chaque élève. L’événement est très ritualisé : la cérémonie se tient souvent à la mairie, en présence des parents. « C’est un moment de déclic, pointe Lucas. L’enfant prend conscience du trésor qui lui est confié. » Il s’agit d’un prêt pour trois ans, mais si l’élève poursuit la musique au-delà – ce qui arrive dans 50% des cas –, il peut le conserver. « Nous avons conscience que le coût de l’instrument est l’un des premiers freins à l’apprentissage », poursuit Lucas.
 
UN OBJECTIF SOCIAL
Le programme a un objectif artistique et pédagogique – faire découvrir la musique aux enfants – mais également social – les aider à trouver leur place, tant dans l’orchestre que dans la vie. La mobilisation des élèves se fait dans les centres sociaux et culturels. Pour entrer, il faut n’avoir jamais fait de musique au préalable, habiter un quartier identifié comme ayant besoin d’un dispositif musical, être âgé de sept à douze ans et avoir envie.
 
Certains enfants sont naturellement intéressés. D’autres ont des difficultés à l’école. Le programme est alors l’opportunité de s’investir dans un environnement différent, neutre et bienveillant. Il ne s’agit en aucun cas d’une sélection : les animateurs sociaux rencontrent les parents, leur expliquent les enjeux – un engagement de trois ans doit être mûrement réfléchi – puis c’est à l’enfant de se décider.
 
47 ORCHESTRES EN FRANCE
Démos a vu le jour en 2010. Grâce à lui, en dix ans, 6400 enfants ont pu découvrir la musique. Pour animer les orchestres – il en existe actuellement 47 à travers la France – le programme a besoin de moyens. DEMAIN, aux côtés d’autres mécènes privés, de l’État et des collectivités territoriales, aide à l’entretien du parc instrumental, à la rémunération des professionnels impliqués (enseignants, référents pédagogiques et sociaux) et à l’organisation des concerts.
 
« Chaque orchestre se produit au mois de juin dans une salle à proximité du lieu d’habitation des enfants, explique Emma, en charge du mécénat pour Démos. Nous avons à cœur que les orchestres rayonnent sur leur territoire. À l’issue des trois ans, les enfants se produisent dans la grande salle de la Philharmonie. » Pour le moment, Sally n’a guère le trac : « Au début, sur scène, j’avais peur, puis je me suis dit que c’était comme si j’étais toute seule. Je joue dans ma tête. »
 
JOUER, UN MOMENT DE PLAISIR ET DE JOIE
C’est l’une des spécificités des musiciens formés par Démos qui continuent à jouer au-delà du programme : s’ils présentent parfois une moins bonne technicité du fait de l’absence initiale de solfège, ils sont en revanche plus habitués à la pratique collective en orchestre, plus à l’écoute et plus à l’aise en public. « Jouer sur scène est pour eux un moment de plaisir et de joie, remarque Emma. Les orchestres passerelles rassemblant des enfants du conservatoires et des enfants Démos permettent ainsi de mêler des visions et des pratiques de la musique différentes qui s'enrichissent mutuellement. »
 
Le but n’est toutefois pas de faire des enfants des violonistes ou des trompettistes professionnels. « L’enseignement de Démos a avant tout une fonction citoyenne, précise Emma. L’objectif est de les ouvrir à un univers esthétique et de les aider à prendre confiance en eux. Nous faisons en sorte qu’à chaque étape, ils aient le sentiment de réussir. » Une expérience inoubliable et structurante.
 
Plus d’informations sur www.demos.philharmoniedeparis.fr
 

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