Chaque semaine, un regard singulier sur Sézane et l'art de vivre

LE JOURNAL DE GÉRALDINE

Il y a mille et une façon de parler du cancer du sein.
Cette semaine, à l’occasion d’Octobre Rose, j’ai choisi de vous offrir des clés pour mieux vivre la maladie… ou vous en prémunir grâce à un dépistage adapté.


 

Interview

Alors que beaucoup de femmes hésitent à se faire faire une mammographie, certains médecins tendent à accroître la confusion en s’opposant au dépistage généralisé à partir de 50 ans. Corinne Balleyguier, chef du département d’imagerie médicale de Gustave Roussy, nous aide à y voir clair.

Cancer du sein : est-ce que je me fais dépister ?

 
Le dépistage pour les femmes de plus de 50 ans est généralisé (une mammographie gratuite tous les deux ans si on ne présente ni symptôme ni facteur de risque), mais y a-t-il une surveillance particulière à avoir quand on est plus jeune ?
Les risques ne sont pas les mêmes pour toutes les femmes. Si vous avez plus de trois cas de cancer du sein ou de l’ovaire dans votre famille proche - mère, sœur, grand-mère, fille, tante -, un bilan familial peut permettre d’identifier une éventuelle mutation des gènes BRCA1, BRCA2 ou p53. En cas de mutation, le dépistage sera plus poussé dès 30 ans, avec une mammographie, une échographie et une IRM chaque année.
 
Il est également nécessaire de tenir compte de la densité des seins. Certaines femmes jeunes présentent un important tissu glandulaire et conjonctif (par opposition au tissu graisseux, qui, lui, devient plus important avec l’âge). C’est un facteur de risque, d’autant plus que ce type de tissu reste opaque à la mammographie. D’où l’importance de procéder alors, en complément, à une échographie.
 
Outre les antécédents familiaux et des seins denses, quels sont les autres facteurs de risques à prendre en compte dans la surveillance des seins ?
Des premières règles précoces (avant 11 ans), une ménopause tardive (après 50 ans), une première grossesse après 30 ans, peu ou pas d’enfants, peu ou pas d’allaitement, l’alcool, une radiothérapie du thorax dans l’enfance, les traitements hormonaux de la ménopause (qui doivent donc être les plus faiblement dosés et les plus courts possibles), le surpoids ou la prise de poids à la ménopause...
 
Ça fait beaucoup !
Dans la plupart des cas, il ne s’agit que de petits surrisques, mais qui s’ajoutent les uns aux autres. La pilule en présente un aussi, mais ses bénéfices l’emportent, il n’y a pas à en avoir peur. En revanche, il est prouvé que l’activité physique protège du cancer du sein.
 
Certains médecins, tels que le radiologue Bernard Duperray, qui vient de publier Dépistage du cancer du sein, la grande illusion (éd. Thierry Souccar), s’opposent au dépistage généralisé. Pourquoi ?
Ils craignent le surdiagnostic, c’est à dire la détection de cancers qui, s’ils n’avaient pas été vus, n’auraient pas eu de conséquence sur la santé du patient. Il est vrai que certains cancers peuvent rester latents toute une vie. Dans le lot, il y a donc du surdiagnostic, mais on estime qu’il se limite à 11% des cas. Ce qui signifie que 89% doivent être traités avant de devenir potentiellement gênants.
 
Les médecins anti-dépistage avancent des taux de surdiagnostic plus élevés...
Ces taux varient en fonction de la durée de suivi des femmes dans les études. Ils prennent les statistiques qui les arrangent.
 
Ils contestent également la baisse de la mortalité due au dépistage.
L'étude de référence estime que le dépistage a entraîné une diminution de 20% de la mortalité, mais elle date des années 1990. Si on en refaisait une aujourd’hui, les résultats seraient sûrement encore plus probants, mais elle n’est plus possible : pour pouvoir faire des comparaisons, il faudrait demander à des femmes de ne pas se faire faire de mammographies sur une longue période. Peu accepteraient.
 
Cela dit, il est vrai que le dépistage généralisé a ses limites. Notre but est d’arriver à une approche personnalisée. L’étude My PeBS va dans ce sens. Lancée en 2019 dans cinq pays dont la France, elle a pour objectif d’évaluer une nouvelle stratégie de dépistage du cancer du sein, fondée sur le risque individuel de chaque femme de développer cette maladie. 85.000 femmes volontaires âgées de 40 à 70 ans et n’ayant jamais eu de cancer du sein sont appelées à participer, dont 20.000 en France.
 
Peut-on compter sur l’autopalpation ?
L’autopalpation est un geste important mais insuffisant. Cela aide les femmes à mieux connaître leurs seins, mais seul le dépistage permet d’identifier les plus petites tumeurs. Certains symptômes tels que la rétraction du mamelon ou un écoulement de sang doivent toutefois alerter.
 
Une douleur n’est pas forcément inquiétante - certains seins peuvent se tendre pendant les règles par exemple, puis reprendre un aspect normal - mais si une zone demeure plus dure que le reste du sein, mieux vaut consulter.
 
Que répondez-vous aux femmes qui hésitent à se faire faire une mammographie car elles trouvent l’examen douloureux ?
Une mammographie ne doit pas faire mal. Les appareils se sont améliorés. Depuis deux-trois ans, les patientes peuvent expérimenter l’autocompression : à l’aide d’une télécommande, elles contrôlent elles-mêmes le degré de serrage. Cela rend l’examen moins stressant. De plus, le ressenti douloureux peut parfois plutôt être lié à la peur de l'examen ou du résultat, mais les manipulateurs radio sont expérimentés et là pour accompagner les femmes tout au long de l'examen. 
 
Et à celles dont la peur du résultat empêche de se faire dépister ?
Ne pas oublier que dans 95% des mammographies, les résultats sont normaux, et que les traitements d’aujourd’hui sont beaucoup moins agressifs que ceux d’hier. En revanche, un cancer détecté à un stade trop avancé ne pourra pas toujours être guéri.

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