Inside Out

Je suis arrivée chez Sézane il y a quelques semaines pour écrire sur la marque et l’art de vivre. J’ai découvert un environnement joyeux et énergique, à la fois chaotique et organisé, un peu à l’image de Morgane, la fondatrice. Ici, chaque semaine, je vous ferai part d’un ressenti. Je commence avec mes premières impressions vestimentaires.

Une envie de Sézane


Celles d’entre vous qui me connaissent le savent, j’ai adopté, au prix d’un long apprentissage, un rapport raisonné au shopping. Ma priorité va aux voyages, mon vestiaire est restreint, essentiellement constitué de basiques qui ont fait leurs preuves. Alors que, plus jeune, je faisais beaucoup d’erreurs d’achat, je connais désormais suffisamment mes goûts, mes couleurs, mes habitudes pour identifier sans peine les pièces qui correspondent le mieux à mon mode de vie. J’en tire une certaine fierté, au point de consacrer à chaque début d’année un post de blog à l’énumération des mes achats de l’année écoulée. Mes lectrices me trouvent étonamment sage.
 
Mais depuis que Morgane Sézalory m’a proposé de venir travailler auprès de ses équipes, je dois dire que ma consommation frugale, mes priorités budgétaires et ma conscience écologique se heurtent à plusieurs dilemmes vestimentaires.
 

DILEMME N°1 : LE RETOUR DU DÉSIR
Lors de mes deux précédentes incursions chez des marques de mode - un stage de vente chez Okaïdi, un autre à l’administration des ventes de Louis Vuitton - la question de l’achat ne se posait pas : la première ne proposait que des tailles enfant, la seconde, des vêtements hors de prix. Les risques de fièvre acheteuse se limitaient à de rares ventes au personnel. 
 
Chez Sézane, les vêtements sont à ma taille, séduisants, à des prix plus accessibles, au stylisme bien pensé. Sur Instagram, les stories me montrent comment les porter et l’engagement sincère de la marque contribue à lever mes réticences. Dans les bureaux, les commandes de l’équipe s’ouvrent et se commentent avec ferveur. Tout concourt à attiser mon désir engourdi. 
 

DILEMME N°2 : L'INTÉGRATION
Les équipes sont loin de ne porter que du Sézane et Morgane encourage chacune à cultiver son propre style en s’habillant où et comme elle le souhaite. Morgane la première est aussi cliente d’autres marques qu’elle estime. Il n’empêche qu’autour de moi, la maille, les pantalons larges et les chaussures maison sont omniprésents. Et je n’ai pas envie de détonner. Avant d’être recrutée, je n’étais pas cliente. L’idée ancienne de devoir me connecter au site à heures fixes pour rafler les pièces les plus fortes me décourageait, et même si je découvre aujourd’hui que la marque a largement progressé sur ce sujet, j’étais restée sur mes premières impressions. J’éprouvais aussi une sorte d’instinct de survie : avec les vêtements, comme avec la nourriture, j’ai du mal à m’arrêter. Chez Sézane, je pressentais que, si je mettais mon nez dans les collections, j’étais fichue. 
 
Trois semaines après mon arrivée, je ne suis pas fichue, mais ma garde-robe est en chantier. Pull troué, pantalon fatigué, jupe à la coupe approximative… Je ne compte plus les vieux vêtements que je n’ose plus mettre. Je réalise que l’hiver dernier, tout juste remise de mon cancer du sein, j’avais fait peu d’achats, privilégiant des vêtements doudous usés jusqu’à la trame. Un an plus tard, je ressens un irrépressible besoin de changer de peau. Sézane tombe à pic. Je suis prête à investir dans plusieurs pièces, mais pas question de me tromper. À l’heure du déjeuner, vous me trouverez donc souvent dans une cabine de L’Appartement, essayant des pans entiers de la nouvelle collection, passant mentalement mes placards en revue afin d’imaginer les combinaisons possibles. Entre absence totale d’achats et envies compulsives, je cherche mon équilibre dans une manière d’acheter en conscience, sans me priver. 
 

DILEMME N°3 : L'ÉCO-RESPONSABILITÉ
Ce qui m’amène à mon troisième dilemme. La mode a suffisamment été montrée du doigt ces dernières années pour soulever chez la plupart d’entre nous une forme de culpabilité. Est-il vraiment raisonnable de renouveler en peu de temps une part non négligeable de son vestiaire ? Bien sûr que non. Peut-on aller jusqu'à se passer de nouveaux vêtements ? Je comprends que certains fassent le choix du vintage, mais cela ne correspond pas à mon mode de vie. Je n’ai pas perdu complètement la raison pour autant. J’ai réalisé que les pièces qui s’arrachent chez Sézane, et que certains interprètent comme un élément marketing, masquent la réalité du fonctionnement de Sézane : une production calculée au plus juste, qui vise l’écoulement optimum de ses créations pour garantir à la fois une fabrication responsable sans gâchis et des prix justes toute l’année. Ce sens de la mesure est non seulement vertueux mais indispensable à sa viabilité. Dans une industrie dominée par les soldes et les promotions, c’est un changement de paradigme. C’est aussi une grosse prise de risque pour la marque, qui doit faire ses prévisions sans se tromper, et ce un an à l’avance, quand elle prépare ses collections. Si à cela s’ajoute une attention permanente portée aux conditions de production et à l’éco-responsabilité des matières, j’ai suffisamment confiance en la marque pour investir chez elle dans des pièces que je garderai longtemps. 
 

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