Reportage

Soutenue par le programme DEMAIN, l’association Maison de Sagesse est présente dans le XIIe et le XXe arrondissements de Paris, où elle assure soutien scolaire, sorties et ateliers auprès de 210 enfants en difficulté. Notre contributrice Géraldine Dormoy lui a rendu visite.

« Maison de Sagesse m’apprend à travailler par moi-même »


Le silence règne dans la salle aux murs décorés de licornes en papier. Attablée devant ses livres et ses cahiers, une dizaine d’adolescents fait ses devoirs avec application. À côté d’eux, Nicole, 73 ans, et Osman, 24 ans, fournissent explications et encouragements. La première est bénévole, le second s’est engagé dans un service civique de huit mois. Tout deux font partie de l’équipe de soutien scolaire de Cécile, employée par l’association Maison de Sagesse en tant qu’organisatrice de projet éducatif.
 
Nous sommes ici dans un centre social agréé par la Caisse des allocations familiales. Pendant la journée, adultes et enfants du XIIe arrondissement de Paris viennent y pratiquer chant, gym douce et cours de cuisine. À partir de 16h30, dix-sept bénévoles de l’association prennent le relais pour accueillir des enfants en difficulté, du CP à la première. Ils commencent par servir le goûter, puis aident aux devoirs et terminent par des activités pédagogiques. Pendant les vacances, des sorties extrascolaires sont également proposées.
 
« Notre but est de leur redonner confiance, m’explique Cécile. Les enfants nous arrivent parce qu’ils ne peuvent pas étudier chez eux dans de bonnes conditions, par manque de place ou parce que leurs parents sont en situation de précarité. Certains viennent du centre d’hébergement d’urgence de Bastille, d’autres nous sont recommandés par un directeur ou une directrice d’école. » À l’association, ils trouvent une écoute et un accompagnement gratuit et chaleureux.
 
Mathias, 17 ans, en première générale, cheveux aux épaules et teint de rose, me raconte son parcours. Il a découvert l’association l’année dernière. « Je redoublais ma seconde dans des circonstances pas faciles. » Tout juste arrivé de Nantes, sa mère et lui ont habité à l’hôtel le temps d’obtenir un logement social. Une situation fragile qui a eu un impact sur ses études : « À Paris, j’ai découvert un plus grand esprit de compétition. J’étais souvent harcelé dans les couloirs du lycée. » L’association devient un cocon au sein duquel il prend peu à peu ses marques. « Les bénévoles m’aident en littérature, en maths, en physique, mais il s’agit d’un accompagnement : on ne fait pas à ma place, on m’apprend à travailler par moi-même. » Yamina, 16 ans, abonde : « J’aime bien venir ici. Il fait chaud, c’est calme, on est aidés. Chez moi, mes deux petits frères et ma petite sœur font du bruit. J’ai du mal à me concentrer. »
 
Nicole, prof de français à la retraite, vient ici depuis douze ans. « J’ai découvert Maison de Sagesse au forum des associations de l’arrondissement, me confie-t-elle entre un problème de maths et un exercice de français. Je trouve important de rester dans la société en étant utile. La case ‘retraitée’ ne me suffisait pas. » Elle apprécie l’encadrement à taille humaine dispensé au centre social. « Avant, j’enseignais à des classes de 35 élèves. Ici, la relation est individuelle. On m’appelle par mon prénom, on me tutoie, j’ai le temps de plaisanter. C’est beaucoup plus riche humainement. » Elle a suivi certains enfants des années, connaît les frères et sœurs. Mais, chez les enfants, la pudeur reste de mise : « Ils parlent peu de leurs difficultés personnelles. On les devine plus qu’on ne les connaît. »
 
Maison de Sagesse est née en 1992 de la volonté de Denise Fouin, aujourd’hui âgée de 79 ans, de venir en aide aux enfants et à leurs familles. Le nom de l’association est inspiré de sa conviction « que la sagesse de l’homme l’emportera sur les égoïsmes, l’indifférence ou l’ignorance ». Elle multiplie les missions à l’étranger – hier au Tibet, aujourd’hui à Madagascar, au Maroc ou au Laos – considérant qu’avec peu de moyens, on peut faire beaucoup.
 
Un jour pourtant, un constat s’impose : en France aussi, les enfants ont besoin d’aide. De grandes disparités règnent, l’école ne joue plus toujours son rôle d’ascenseur social, de nombreux enfants arrivent en sixième sans savoir lire. Un travailleur social leur demande de l’aide. « Nous avions monté des bibliothèques au Liban, nous ne pouvions pas rester sans rien faire dans notre propre pays », se remémore Bénédicte Bodin, aujourd’hui responsable des projets de l’association à Paris.
 
Elle monte une première mission dans le XIIIe, puis une dans le XIIe et une autre dans le XXe, « là où sont les besoins ». L’année dernière, grâce au soutien de DEMAIN, le fond de dotation de Sézane, des kits de fournitures scolaires ont pu être distribués aux familles au moment de la rentrée, des manuels rachetés, des sorties extrascolaires organisées. De nombreux ateliers ont également pu voir le jour : ateliers d’écriture sur les émotions menées par une sophrologue, hypnothérapie, coaching pour apprendre à travailler autrement et canaliser son attention… Autant d’outils qui aident les enfants au quotidien et leur apportent des méthodes pour redevenir acteurs de leur éducation.

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