Reportage

Depuis plus de vingt ans, Sport dans la Ville apporte un soutien durable aux jeunes des quartiers sensibles, leur offrant des cours de foot et de basket, mais les guidant également dans leur parcours professionnel. Sabrina, Mehdi et Michaëlle ont raconté à notre contributrice, Géraldine Dormoy, comment l’association – soutenue par DEMAIN – avait changé leur vie.

"Sport dans la Ville m’a donné confiance dans mon projet entrepreneurial"


Le campus de Sport dans la Ville n’est pas situé dans un quartier sensible. Construit dix ans plus tôt en bordure de la Saône, à la périphérie de Lyon, le siège de l’association semble encore neuf tant il est bien entretenu. « On pense important d’être dans un quartier neutre, m’explique Philippe Oddou, cofondateur de Sport dans la Ville, lorsque je m’en étonne auprès de lui. C’est l’exception qui confirme la règle : nos 45 centres sont implantés là où vivent les jeunes que nous cherchons à aider. »

Je suis dans leurs locaux à l’occasion d’un reportage. DEMAIN, le fond de dotation solidaire initié par Sézane, fête ce mois-ci son deuxième anniversaire, et Sport dans la Ville est l’une des associations qu’il soutient. Le but de ma visite est de découvrir son impact à travers le parcours de personnes ayant pu bénéficier de ses programmes.

 

LE SPORT COMME OUTIL D’ACCROCHE

Sabrina, 25 ans, est la première que je rencontre. Comme la plupart des membres, elle a d’abord entendu parler des cours de sport de l’association. « Ma petite sœur faisait du basket avec eux, me raconte-t-elle. Un jour, un éducateur et un responsable d’insertion sont venus à la maison et m’ont appris qu’un autre programme, Job dans la Ville, aidait les jeunes à trouver une formation et un travail. »

Job dans la Ville propose un accompagnement, de 14 ans au premier emploi, à travers trois axes : l’orientation et la découverte du monde de l’entreprise, l’immersion et l’insertion grâce à des stages et l’alternance, un programme de raccrochage pour redonner envie à ceux qui sont restés sur le côté. Sabrina, alors adolescente, peine à trouver sa voie. Elle s’inscrit. « Ça m’a permis de visiter des entreprises pendant les vacances scolaires. Marie Drucker nous a même amenée sur les plateaux télé de France Télévisions ! »
 
L DANS LA VILLE, PROGRAMME TRANSVERSAL DE SOUTIEN AUX JEUNES FILLES

La journaliste star fut pendant sept ans la marraine très impliquée de L dans la Ville, le programme transversal – soutenu par DEMAIN – pensé pour aider spécifiquement les filles. « La tendance générale au repli sur soi complique leur ascension sociale, estime Jessica, responsable régionale de Job dans la Ville. Le regard du quartier et de leur famille n’est pas toujours encourageant. Certaines visites d’entreprises sont donc pensées pour elles. Elles découvrent des métiers auxquels elles n’auraient pas pensé et confrontent leurs préjugés à la réalité. »

Pour Sabrina, Job dans la Ville devient une main tendue, toujours prête à la soutenir quand le besoin s’en fait sentir. L’association prend ainsi en charge les frais de son BAFA et la coache lors de divers ateliers. « J’en ai suivi un pour faire mon CV, un autre sur le marketing de soi et sur comment convaincre un employeur en cinq minutes. J’ai aussi pu faire des simulations d’entretiens quand je cherchais une alternance », énumère-t-elle, bien droite sur sa chaise. Elle a même pu partir outre-manche pour améliorer son anglais.

Aujourd’hui en école de commerce, la jeune fille affiche un parcours exemplaire, mais Jessica tient à rappeler que les aides dont elle a bénéficié n’ont rien d’automatique : « Plus les jeunes s’investissent, plus nos portes s’ouvrent, estime-t-elle. Si Sabrina a pu partir en Angleterre, c’est parce qu’elle a accepté la longue préparation qui allait avec : pendant un an, elle a travaillé chaque samedi matin son anglais avec nous. » Comme dans les activités sportives proposées, les jeunes sont en permanence incités à se dépasser.

SE FORMER GRÂCE À ENTREPRENEURS DANS LA VILLE

En 2007, l’association a ajouté une brique majeure à son dispositif avec Entrepreneurs dans la Ville. Destiné aux porteurs de projets, le programme offre aux plus motivés une formation de quatre mois, deux jours par semaine, en partenariat avec l’EM Lyon, puis la possibilité de créer son entreprise au sein de l’incubateur de l’association.

Mehdi, 38 ans, fut l’un des premiers à en bénéficier pour lancer son activité de coaching sportif. Il a pour cela dû se soumettre à une sélection drastique. « Je suis passé devant un jury, se remémore-t-il. L’entrepreneuriat était un monde très éloigné du mien, mais ils ont senti ma détermination. » La formation s’avère douloureuse – « Je partais de loin, j’ai dû apprendre à écouter, me remettre en question, entretenir des relations » - mais il s’accroche. Son entreprise, Punch’’in, compte aujourd’hui douze collaborateurs. 

À ses yeux, l’une des plus grandes forces de l’association est sa capacité à ouvrir des portes. Une fonction de facilitateur qui tient à l’énergie du groupe – « On est avec d’autres entreprises et pas loin des big bosses de Sport dans la ville, ça favorise les rencontres » – mais également à son système de parrainage. Mehdi devient le filleul de Patrick Bertrand, directeur général de la CEGID, une société spécialisée dans l’édition de logiciels de gestion. « Sans eux, je n’avais aucune chance de rencontrer un grand patron comme lui », s’émerveille-t-il. Pas de doute, pour lui, « Sport dans la Ville est un créateur d’ascenseur social ».

ACQUÉRIR UN SAVOIR-ÊTRE PAR MIMÉTISME

Au contact des hommes d’affaires de l’association, il acquiert également un précieux savoir-être. « Qu’il s’agisse du port du costume ou de la construction d’un email, les codes de l’entrepreneur s’apprennent par mimétisme. Et si j’ai bien une qualité, c’est d’enregistrer et d’appliquer très vite », se félicite celui qui voit dans Sport dans la Ville « un logiciel qui vous donne des armes ».

Ce n’est pas Michaëlle, 24 ans, qui le contredirait. Originaire de La Duchère, banlieue de Lyon classée zone de sécurité prioritaire, elle me présente son cheminement professionnel avec un mélange de timidité et d’aplomb. L’année dernière, un responsable d’insertion de Job dans la Ville perçoit son goût pour l’entrepreneuriat et lui parle de la formation en partenariat avec l’EM Lyon. « J’avais envie d’associer coiffure et mode, j’ai postulé. » Son projet de prêt-à-porter capillaire est retenu. Fin 2018, elle fonde CoquetWigs, une entreprise qui commercialise en ligne des perruques en fibres haut de gamme.

OSER VOYAGER

« Le soutien d’Entrepreneurs dans la Ville m’a donné confiance dans mon projet entrepreneurial, s’enthousiasme-t-elle. J’ai appris à aller plus loin, à croire en mon projet, à partager mes expériences avec d’autres chefs d’entreprise. Je me suis ouverte. Maintenant, je ne crains plus d’aller networker et de rencontrer des clients potentiels. »

Il y a quelques mois, elle a même osé s’envoler pour Atlanta et Chicago afin de rencontrer les acteurs américains de l’industrie capillaire. Elle a décidé ce voyage seule – « c’était la première fois que je partais de France » –, mais l’association lui a fourni des contacts. Sur place, elle y est allée au culot : « Ils ne me répondaient pas par mail, alors j’ai sonné chez eux et ils m’ont ouvert. » En dépit de ses lacunes en anglais, elle se montre si convaincante qu’ils lui font visiter leurs locaux, lui expliquent leur activité et l’incitent à se lancer à New York, tout en la complimentant vingt fois par jour sur son look « so French ». Elle repart des États-Unis le moral gonflé à bloc.

Philippe Oddou croit beaucoup aux vertus des grands voyages, raison pour laquelle l’association organise chaque année un séjour à New York pour quinze entrepreneurs, ainsi que des échanges pendant l’été, des VIE et des expériences au pair. « Quand on est jeune, il y a un avant et un après le premier grand voyage, remarque-t-il. Ça crée des rêves et des mécaniques de changement. »

Sport dans la Ville est si foisonnante d’opportunités qu’à l’écoute des récits de vie de Sabrina, Mehdi et Michaëlle, je suis prise de vertige. Que d’énergie chez chacun d’entre eux ! « Malgré les difficultés socio-économiques, ces quartiers sont riches de leur jeunesse, de leur multiculturalisme et de leur audace », résume le site de l’association.

UN SOUTIEN CONTINU ET GLOBAL

Il n’est pas pour autant question de nier les difficultés rencontrées. Abdel, 50 ans, se définit lui-même comme « un pur produit de Vaulx-en-Velin ». Ancien boxeur de haut niveau, fondateur du cabinet de médiation par l’emploi Nes & Cité, il est l’un des membres fondateurs de Sport dans la Ville. Son approche se veut pragmatique : à Vaulx-en-Velin, tous les indicateurs sociaux sont dans le rouge, on compte beaucoup de délinquance, de familles monoparentales et le plus gros taux de chômage chez les jeunes de la région, mais il y a aussi de belles réussites. « Le cliché de la banlieue à problème est une réalité, résume-t-il, mais, comme partout ailleurs, il ne reflète que 5% de la population. Le reste essaie de s’en sortir. Sport dans la Ville se place en amont, afin d’essayer de positionner tôt les enfants sur les bons rails. »

Selon lui, l’association n’a rien inventé, mais elle a le mérite « d’avoir regroupé tous les maillons de la chaîne, du sport à l’insertion ». Il y avait déjà des animations sportives, du soutien éducatif, des ateliers de retour à l’emploi, mais les initiatives étaient morcelées. Tel est sûrement le plus grand atout de Sport dans la Ville : alors que les institutions sont soumises au calendrier politique, l’association assure une stabilité dans le temps qui rend son soutien global et pérenne. Et ça mériterait toutes les médailles.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visite. Pour en savoir plus et paramétrer les cookies, cliquez ici.